C'est d'apprendre,                               qui est sacré!

                                    Dans les premiers pas d'une classe Freinet

Mais qui est Célestin Freinet ? 

Considéré comme l'un des plus grand pédagogue français du 20ème siècle, Célestin Baptistin Freinet est né le 16 octobre 1896 à Gars dans les Alpes-Maritimes, mort le 8 octobre 1966 à Vence dans les Alpes-Maritimes. D'abord au Bar-sur-Loup, puis surtout à Vence, il développe avec l'aide de sa femme Élise Freinet, et en collaboration avec un réseau d'instituteurs, toute une série de techniques pédagogiques, basée sur l'expression libre des enfants : texte libre, dessin libre, correspondance interscolaire, imprimerie et journal scolaire, enquêtes, réunion de coopérative etc. Militant engagé, politiquement et syndicalement, en une époque marquée par de forts conflits idéologiques, il conçoit l’éducation comme un moyen de progrès et d’émancipation politique et citoyenne. 

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Tandis que certaines techniques développées par Freinet ont pénétré l'institution scolaire, elles ont également pu inspirer la Pédagogie institutionnelle et des approches plus libertaires, autogestionnaires. L'École Freinet, de Vence, devenue publique en 1991 est classée au patrimoine de l'UNESCO.  Son nom , qui est aussi celui de son mouvement, le « Mouvement Freinet », est connu dans des dizaines de pays, en Europe bien sûr, mais aussi en Amérique centrale, en Amérique latine, en Afrique, au Moyen et en Extrême Orient. On retrouve un certain nombre de « compagnons » de Freinet, ou de membres du mouvement, à l’origine ou parmi les fondateurs de structures coopératives nationales. Freinet ayant été lui-même créateur de coopératives agricoles et enseignantes.

 

La classe coopérative : une matrice démocratique d’apprentissage de « haut niveau »…

La coopérative ne s’insère pas plus ou moins harmonieusement dans la vie de la classe, elle est la classe même, écrit Fernand Oury, disciple direct de Freinet et fondateur de la Pédagogie Institutionnelle. La classe est alors ce laboratoire de savoirs où des élèves en chair et en os cherchent à comprendre le monde. On y écrit beaucoup, des journaux, des textes libres, à son gré, on y correspond, avec une ou plusieurs classes plus ou moins lointaines, seul ou en groupe, on en sort pour des enquêtes, des visites, des travaux guidés, dans des institutions, des usines, ou pour des voyages, à la rencontre des correspondants. C’est la « classe hors les murs » !

 

Michel Barré nous donne, dans sa proximité avec Freinet, ses indicateurs :

- Dialectiser l’oral et l’écrit, écrire pour parler à distance ou en différé.

- L’école est du travail, c’est là que se « travaille » la vie.

- Le savoir n’est pas hiérarchique, nous « faisons ensemble ».

- L’individuel se ressource en collectif, nous savons aujourd’hui que la jeunesse se socialise en groupes. Mieux vaut des groupes « d’école » !

- Coopérer.

- S’appuyer sur « l’espace public », et donc le quartier, le village, la ville…

- Rompre avec la scolastique « médiévale » : le « par cœur », le commentaire des textes, sans retour au terrain, la « glose » en université, loin du monde.

 

Fernand Oury, quant à lui, condense ainsi la pédagogie Freinet :

- Embrayer sur la vie, de l’enfant, du quartier, de la ville...

- Eviter la scolastique, « tout comportement, toute réaction, tout travail spécifique au milieu scolaire ». Inventer, ne jamais répéter ! Nous enseignons à des sujets en construction.

- Utiliser l’acquis, « la marche et le langage parlé ont été acquis par des processus qui, même s’ils sont mal connus, se sont révélés efficaces ».

- Retrouver les désirs profonds, « On ne fait pas boire un cheval qui n’a pas soif », disait Freinet.

- Donner du tirage, c’est à dire placer les élèves dans des situations où lire, écrire, compter, deviennent des nécessités.

Cette façon de faire, de penser, d’apprendre, peut se transposer dans d’autres secteurs de la recherche sociale, non plus seulement au niveau de la classe, mais aussi à celui de l’école, du centre social, de l’antenne « jeune », du foyer de placement ou d’accueil, du quartier. C’est le grand défi de l’éducation : Vivre ensemble, et apprendre de la vie, être vivant, pour vivre.

 

Les praticiens chercheurs du savoir…

Freinet et son mouvement ont permis la formation d’experts enseignants, qui d’ailleurs se retrouvent aussi bien dans le premier et le deuxième degré, que dans l’enseignement supérieur. Citons ici, parmi bien d’autres, Jean Le Gal, grand défenseur des Droits de l’enfant, et instituteur/professeur en IUFM, Paul Le Bohec, spécialiste européen de l’expression libre et du « raccrochage », et bien sûr Fernand Oury. Fernand Oury a conçu, pensé la pédagogie institutionnelle, au cœur même de la pédagogie Freinet. Rompu aux discussions avec Jean Oury, à propos de la psychothérapie institutionnelle, de la psychothérapie par « l’Institution », qui décide de faire de l’hôpital une coopérative de soins, et met en place des conseils, des journaux, des « métiers », des correspondances avec d’autres institutions, de l’expression libre. Car les fondateurs de la psychothérapie institutionnelle avaient lu et rencontré Freinet. « Les mots qui ne sont que des mots sont presque des mensonges », écrivait Barbusse. Ajoutons-y cette dédicace de Jean Vial : « Freinet est mort. Il est des morts qui vivent intensément ».

 

 
 
 
 
En savoir plus en consultant la page Wikipedia qui lui est consacré, un article de l'UNESCO ou encore le site de l'association des Amis de Freinet
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